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Population et habitats sur la commune
de Navès notes historiques Navès,
Montespieu et Sallepieussou tels qu'ils apparaissent dans les premiers
textes.
En l'état actuel des connaissances, et ce depuis l'étude de Barrière
Flavy, l'ensemble des terroirs de Navès, Montespieu et Sallepieussou n'entre
véritablement dans l'histoire que vers le milieu du XIIIème siècle.
Les écrits présentent donc la situation à la fin de la Croisade contre
les Albigeois, et d'ailleurs les cadres juridiques demeureront pratiquement
tels quels jusqu'à la Révolution : Sallepieussou appartient en propre
à l'Abbaye bénédictine de Castres, Navès est vendu à la famille des Tourène,
bourgeois de Castres et Montespieu est sous la coupe d'une famille de
Chevalier, les Caudière en l'occurrence.
NAVES
A Navès, les premiers textes, mentionnent déjà l'église (donc une population
environnante plus ou moins proche) et peut être le pont…
Navès est-il une tentative de bastide qui échoue ? avec un paréage royal
et surtout avec comme pièce maîtresse ce seul pont (donc un péage éventuel)
facilitant les échanges entre Castres et le piémont de la Montagne Noire,
voire le Toulousain.
Mais, la vente de la presque totalité de la terre à un grand seigneur
(Jourdain de Saissac) puis à une famille de bourgeois de Castres, les
Thourène, va faire avorter cette idée et sceller le sort de ce terroir
comme terre de rapport.
Les nouveaux acquéreurs, les frères Thourène, vont marquer cette terre
en se la partageant, puis en construisant une maison qui portera leur
nom.
Barginac précède la fondation officielle de Navès ; il est mentionné comme
fort, surveillant de sa motte le passage du thoré. Le lieu est équidistant
du passage des Fargues et de celui du pont de Navès, la vue est totale
et en donnant le nom à une des gâches ou quartiers de Castres, la relation
avec la ville est renforcée. Barginac sera le seul espace disponible pour
de petits possédants et c'est avec Galiou les seuls points de concentrations
humaines. D'ailleurs le peu de population sera pour Navès une plainte
constante.
SALLEPIEUSSOU
Sallepieussou appartient en propre à l'abbaye et à l'inverse des
deux autres terroirs l'habitat et la populations sont pour l'essentiel
répartis en deux lieux : au lieu dit Latour, à proximité de la petite
fortification et en contre bas de celle-ci : le hameau, regroupement de
petites fermes (" las bories ") qui offrait ainsi une main d'œuvre à la
disposition du château de Montespieu, dès le milieu du XVIème. (A moins
que ce soit la construction du château qui ait induit l'implantation de
cet habitat)
Le choix du site ne semble pas fortuit : toujours une crête avec même
une vue panoramique versant Bernazobre et versant Thoré (depuis le sommet
originel de la tour) et de plus à la croisée d'une route de Castres passant
par le gué de Tourène et de la route de crête Labruguière-Viviers (longeant
la plaine du Bernazobre et sur laquelle fut découvert il y a peu des vestiges
d'un habitat gaulois au lieu de Rauly, commune de Viviers). Caraven Cachin
mentionne la découverte à Latour d'une hache celtique dans sa carte archéologique
; le lieu est peut être habité depuis " des temps immémoriaux " pour reprendre
la formule classique.
MONTESPIEU
L'existence sur le terroir de Montespieu d'un " fossé de la salvegarde
" est un détail intéressant : il matérialise un distinguo juridique quant
au partage de la justice qui subsiste jusqu'à la Révolution, il rappelle
peut être la mise en place par l'Abbaye en des temps plus anciens d'une
sauveté (c'est à dire un refuge pour les populations sur une terre d'église).
Sur le terroir de Montespieu, l'habitat est peut être dispersé ; c'est
du moins ainsi qu'il apparaît dans les divers recensements - certes postérieurs
à la période qui nous intéresse et dont le plus ancien est le compoix
de 1585.
Si un groupement d'habitat à disparu, seule l'archéologie pourra le préciser.
L'idée de translation est par contre très vivace au sujet du château de
Montespieu et ce pour plusieurs raisons :
- un texte du XVIème que je n'ai toujours pas retrouvé mentionnerait les
restes de l'ancien château
- la situation de l'actuel château ne correspond pas trop à l'idée d'un
mont et de surcroît à un mont qui épie (cf toponymie)
- de plus, celui qui existe constitue certes une enclave de Montespieu
mais il se situe tout de même dans le terroir de Sallepieussou ; alors
comment expliquer qu'il donne son nom à une terre où il n'est pas ?
- De plus le terme " milite " pour les Caudière peut raisonnablement impliquer
un fort.
[La famille Caudière dont une tour à Castres illustre le nom est-elle
en rapport avec les croisés vainqueurs ? le nom respire pourtant les sonorités
méridionales et l'on trouve des homonymes dans le Lautrécois. Castres
s'est vite déclarée ville ouverte, les Caudière avec prudence… ont peut
être évité toute saisie et ainsi transmis leurs biens.]
Plusieurs tertres encore existants peuvent prétendre au titre de motte
castrale et encore une fois l'archéologie pourra peut être préciser les
choses.
En conclusion
Du milieu du XIIIème jusqu'au milieu du XVIème, l'habitat sur les différents
terroirs ne semble pas avoir beaucoup changé : quelques forts et fermes
dispersés et peut être 2 lieux d'habitats groupés : Sallepieussou et Barginac.
Le XVIème siècle avec l'installation de la Chambre de l'Edit à Castres
va impulser un nouveau mouvement d'achats, de partages et surtout la construction
de nouvelles demeures pour les juristes protestants souvent originaires
de contrées éloignées. (les juristes catholiques étaient eux pour la plupart
détachés du Parlement de Toulouse) L'habitat se densifie ou se transforme
un peu plus avec Mascarenc, Puechbertou, Tourène-Bas, Gaillard, Malzac
et sans doute la construction du nouveau château de Montespieu.
Il faudra attendre le XIXème siècle pour voir d'importantes modifications
: avec l'implantation au centre de la nouvelle commune de Navès (la réunification
a eu lieu en 1825) de l'église, l'école mairie et quelques habitations
jouxtant mais toujours clairsemées et quelques nouveaux lieux : la Grèze,
Vaudricourt, le Jardinier au début du XXème.
Le dernier tiers du XX ème voit une vague de constructions d'une ampleur
sans précédent permise et expliquée par la conjugaison de plusieurs facteurs
: la rationalisation et l'adaptation du parcellaire aux nouvelles techniques
agricoles (et par la même la mutation dans la destination de certaines
terres), le morcellement de certains grands domaines, et enfin la réalisation
d'un réseau d'adduction d'eau potable qui permet une liberté d'implantation
par rapport au point d'eau. La population stabilisée depuis des siècles
aux environs de 400 habitants a aujourd'hui pratiquement doublé.
Alain Pauthe
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